Apologie de la fuite (1/8)

Première d’une série de 8 nouvelles qui verra l’apparition successive de sept couples différents dont vous pouvez vous amuser à décrypter les ennéatypes pour pratiquer l’ennéagramme.

Des indications sont données en fin d’article, mais essayez de trouver par vous-même.

30 août 2019 – Judith et Mario

À 45 ans, Judith ne pouvait pas se plaindre de sa vie, mais elle se demandait si elle n’aurait pas étouffé une partie d’elle-même pendant toutes ces années. Mariée depuis vingt et un ans avec Mario avec qui elle avait eu deux enfants, elle avait été heureuse. Elle avait beaucoup donné dans son couple et s’était énormément investie pour élever ses enfants pour qui elle voulait le meilleur. Aujourd’hui, alors qu’ils étaient grands, elle se posait des questions sur son avenir.

Elle faisait partie de ces personnes pour qui tout devait être parfait. Et comme les gens la décevaient en permanence, elle était constamment mécontente. Cela se manifestait chez elle par une colère permanente. Cette colère, elle ne l’exprimait pas verbalement, car pour que tout soit parfait dans son monde idéal, il ne fallait pas se mettre en colère, ce n’était pas bien. C’était là, son plus grand paradoxe. Cette colère souterraine qu’elle avait toujours à fleur de peau, elle cherchait en permanence à l’ignorer et à la cacher. Le résultat était inverse, car cette émotion négative qu’elle cherchait à masquer, s’affichait de façon évidente dans ses attitudes. Elle avait beau faire des efforts désespérés pour contenir ses réactions intimes, dont elle n’avait malheureusement pas conscience, celles-ci transpiraient par tous les pores de sa peau. Judith se croyait détendue. Cependant, elle avait très souvent, trop souvent, les mâchoires serrées qui l’empêchaient de respirer pleinement et qui trahissaient une tension permanente dont elle ne s’apercevait pas. Et cela, surtout quand quelque chose la contrariait. Et pour son plus grand malheur, c’était quasiment tout le temps.

À cinquante ans, Mario était un peu plus vieux que sa femme. Sa bouille joviale et son embonpoint assez prononcé contrastaient avec la silhouette sportive quelque peu émaciée de son épouse. C’était un éternel optimiste que peu de choses pouvaient déstabiliser. Il n’avait qu’un seul et unique objectif dans la vie, être heureux. Il se demandait toujours pourquoi les gens passaient leur temps à se focaliser sur le négatif, alors que tant de belles choses étaient autour d’eux. Tout l’intéressait et il était prêt à s’engager, au pied levé, dans n’importe quelle aventure, fut-elle hasardeuse, du moment qu’elle le fasse vibrer et lui ouvre des perspectives de plaisir et de nouveauté. Son gros point fort, c’est qu’il pouvait trouver, de prime abord, de l’intérêt dans tout, même dans les activités les plus rébarbatives. Cependant, dès qu’une tâche commençait à l’ennuyer, et cela pouvait survenir assez rapidement, il l’arrêtait. Cela avait pour conséquence qu’il commençait beaucoup de choses et n’en terminait que peu.

C’est pour cela que Judith l’avait séduit. C’était son opposé, les qualités de ses défauts. Comme elle cherchait la perfection en permanence, elle ne supportait pas qu’il ne finisse pas quelque chose qu’il avait entamé. Ainsi, elle l’incitait toujours à persister dans ses entreprises. Cela permettait à Mario d’être un peu moins désinvolte qu’il ne l’aurait été sans elle. Sans vraiment l’apprécier, il admirait le côté organisé et le caractère pugnace de sa femme qui ne lâchait jamais rien avant d’avoir atteint l’objectif prévu au départ.

Pour sa part, Judith avait craqué pour la spontanéité et la gaieté de Mario, dont elle savait inconsciemment qu’elle lui faisait défaut. Elle savait au fond d’elle-même qu’elle devrait être plus souple, mais la rigidité de ses normes intérieures la poussait tout le temps à juger ce qui était bien et mal et à réagir en conséquence.

Tout s’était fort bien passé entre eux pendant les vingt et une premières années de leur vie commune. Malheureusement, le poids des habitudes avait fait s’éteindre les yeux de l’amour qui gomme ce qui nous agace chez l’autre. Les ressentis étaient devenus, pour chacun, de plus en plus présents et de plus en plus pesants. L’un, comme l’autre, s’était recroquevillé sur son propre caractère et ne faisait plus aucune concession pour laisser s’exprimer les aspirations de son conjoint.

Judith pensait que Mario voulait s’amuser en permanence et cela l’irritait au plus haut point. Elle le jugeait de plus en plus irresponsable. De son côté, Mario ne comprenait pas l’obsession de sa femme à vouloir en permanence accomplir toutes sortes de tâches anodines, sans prendre une minute de repos. Quand il s’en ouvrait à elle, elle lui répondait qu’elle s’amuserait quand tout serait impeccable, laissant Mario sans voix, se demandant comment on pouvait être borné à ce point. Pour sa part, Judith n’admettait pas que Mario ne s’attelle pas à toutes ces choses qui lui paraissaient, à elle, primordiales.

Empêtrés dans des difficultés financières dues à de mauvais placements, Mario et Judith se disputaient en permanence, pour tout et pour rien. La situation était critique, cependant il restait quelque chose au fond d’eux qui ne leur faisait pas envisager, ni l’un ni l’autre de se séparer.

Alors quand ils reçurent ce courrier qui leur disait qu’ils étaient parmi les dix gagnants tirés au sort d’un jeu de téléréalité qui leur permettrait peut-être de devenir propriétaires de l’île de Brocéliande et de son manoir, au large des côtes bretonnes, d’une valeur de deux millions d’euros, ils se dirent qu’une deuxième chance leur était sûrement offerte de repartir à zéro.

Il leur était donné rendez-vous dans six jours, le 6 septembre à 16 h 00, au port de Lézardieu, sur la rive gauche du Trieux pour embarquer, avec les autres participants sélectionnés, pour l’île de Brocéliande. Un dîner leur serait offert, pendant lequel leur serait exposé le règlement du jeu auquel ils allaient participer.

Enfin réunis par un rêve commun, Judith et Mario, passèrent la plus agréable soirée depuis longtemps à s’imaginer propriétaires îliens, au cœur de l’atlantique. Mario se voyait pêcher l’anguille de la fenêtre de sa chambre, tandis que Judith s’imaginait en maîtresse de maison accueillir les invités d’un soir.

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Alors vous avez trouvé ?

Je n’en doute pas.

Judith est bien du profil un en ennéagramme :

Fixation mentale : Que tout soit parfait (Elle faisait partie de cette catégorie de personnes pour qui tout devait être parfait)

Facteur de stress : Manque de sérieux, non-respect des règles et passion jugement (les autres la décevaient en permanence, Mario voulait s’amuser en permanence et cela l’irritait au plus haut point)

Mécanisme de défense : Formation réactionnelle (elle était constamment mécontente. Cela se manifestait chez elle par une colère permanente, rentrée et sourde qu’elle ne conscientisait même pas. Cette irritation souterraine qu’elle s’obstinait inconsciemment à cacher s’affichait contre son gré dans ses attitudes. Malgré tout ses efforts pour se montrer détendue, elle avait très souvent, trop souvent les mâchoires serrées, à tel point que cela l’empêchait parfois de respirer normalement)

Peur de base : être immorale – Fierté être irréprochable et travailleur (elle s’amuserait quand tout serait impeccable)

Passion : le jugement – Quête : le système idéal (Judith n’admettait pas que Mario ne s’attelle pas à toutes ces choses qui lui paraissaient, à elle, primordiales.)

Quant à lui, Mario est du profil sept :

Mécanisme d’évitement : l’optimisme, l’hédonisme, le déni de la souffrance (C’était un éternel optimiste que peu de choses pouvaient déstabiliser.)

Désir de base : profiter de la vie – Quête : le plaisir (Il n’avait qu’un seul et unique objectif dans la vie, être heureux)

Fierté : Savoir prendre la vie du bon côté : (Il se demandait toujours pourquoi les gens passaient leur temps à se focaliser sur le négatif, alors que tant de belles choses étaient autour d’eux […] Son gros point fort, c’est qu’il pouvait trouver, de prime abord, de l’intérêt dans tout, même dans les activités les plus rébarbatives)

Orientation : Vivre intensément le maximum d’expériences (tout l’intéressait et il était prêt à s’engager, au pied levé, dans n’importe quelle aventure, fut-elle hasardeuse, du moment qu’elle le fasse vibrer et lui ouvre des perspectives de plaisir et de nouveauté)

Évitement : La souffrance – Mécanisme de défense : Rationalisation un plan A, mais aussi un plan B, voire un plan C (dès qu’une tâche commençait à l’ennuyer, et cela pouvait survenir assez rapidement, il l’arrêtait. Cela avait pour conséquence qu’il commençait beaucoup de choses et n’en terminait que peu)

Évitement : La souffrance – Mécanisme d’évitement : nier la souffrance – Facteur de stress : la routine, les règles (Mario ne comprenait pas l’obsession de sa femme à vouloir en permanence accomplir toutes sortes de tâches anodines, sans prendre une minute de repos […] se demandant comment on pouvait être borné à ce point. )

L’arrivée du courrier : facteur d’intégration

La survenue d’un élément hors système va rebattre les cartes permettant à Judith et Mario de sortir de leur schéma conflictuel habituel où chacun juge l’ego de l’autre par rapport à la fixation du sien.

En acceptant de rêver, ils vont activer leur processus d’intégration.

Idée supérieure du profil un : Tout est déjà parfait, gardons-nous de juger la situation / Vertu du profil un : La patience et acceptons de faire une erreur (une deuxième chance de repartir à zéro après les erreurs commises)

Idée supérieure du profil sept : Je sais me concentrer sur l’essentiel (un projet qui peut résoudre leurs difficultés financières, l’amour pour mon épouse)

Profil de base immuable

Malgré tous leurs rêves respectifs restent dans le domaine de leur profil. Mario, prenant du plaisir à « farnienter » (Mario se voyait pêcher l’anguille de la fenêtre de sa chambre) et Judith s’affairant pour avoir un intérieur impeccable (Judith s’imaginait en maîtresse de maison accueillir les invités d’un soir.)

La relation entre un et sept

Selon certaines études statistiques (qui restent à prendre avec prudence), même si toutes les combinaisons ont été relevées, le conjoint d’une femme profil un a des chances d’être un profil 5, 7 ou 2. Les hommes profil un vont plutôt rechercher des profils 5, 7 ou 3. La détermination du sous-type ayant aussi une importance déterminante.

L’association, pour Judith et Mario, d’un et sept peut trouver son explication dans l’association intégration/désintégration des deux profils. Mais il est possible qu’ayant choisi de célébrer la bonne nouvelle en tête-à-tête, ils aient un sous-type instinctif « intimité » en commun qui les rapproche.

Le sept est le profil d’intégration du profil un dont il aimerait avoir les qualités (Judith avait craqué pour la spontanéité et la gaieté de Mario, dont elle savait inconsciemment qu’elle lui faisait défaut…)

Attirance du sept pour le un son profil de désintégration (C’est pour cela que Judith l’avait séduit. C’était son opposé, les qualités de ses défauts.[…] Sans vraiment l’apprécier, il admirait le côté organisé et le caractère pugnace de sa femme qui ne lâchait jamais rien avant d’avoir atteint l’objectif prévu au départ.)

A bientôt pour un autre couple d’ennéatype.

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